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Le Blog des EMBÊTÉS

UNE ACTION CITOYENNE PILOTE EN TUNISIE. HISTOIRE DE LA REVALORISATION D’UN QUARTIER ET D’UNE ECOLE AU BARDO PAR LA VOLONTE DES CITOYENS

UNE ACTION CITOYENNE PILOTE EN TUNISIE. HISTOIRE DE LA REVALORISATION D’UN QUARTIER ET D’UNE ECOLE AU BARDO PAR LA VOLONTE DES CITOYENS
UNE ACTION CITOYENNE PILOTE EN TUNISIE. HISTOIRE DE LA REVALORISATION D’UN QUARTIER ET D’UNE ECOLE AU BARDO PAR LA VOLONTE DES CITOYENS
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UNE ACTION CITOYENNE PILOTE EN TUNISIE. HISTOIRE DE LA REVALORISATION D’UN QUARTIER ET D’UNE ECOLE AU BARDO PAR LA VOLONTE DES CITOYENS
UNE ACTION CITOYENNE PILOTE EN TUNISIE. HISTOIRE DE LA REVALORISATION D’UN QUARTIER ET D’UNE ECOLE AU BARDO PAR LA VOLONTE DES CITOYENS

HOW SELF EMPOWERMENT GOES FROM ONE TO MANY. THE RISE OF A NEW CITIZENRY IN TUNISIA: A CASE STUDY

Comment un pan entier d'un grand quartier peut être transformé, en un mois, par la volonté d'UN citoyen qui a réussi à entraîner dans son sillage des dizaines de citoyens ainsi que l’administration locale.

- Le 10 Octobre 2015, Monsieur Sofiane Boussaada​ , un citoyen qui a grandi au Bardo, banlieue ouest de Tunis, publie sur la page Facebook du groupe citoyen « On est embêté pour vous », des photos terribles montrant l’état lamentable de son école d’enfance. Autour de cette école, l’environnement est une catastrophe. Le mur d'enceinte de plus de 100 m de long, sert de décharge sauvage de déchets, et l’endroit entier pue terriblement. De plus, régulièrement, des riverains allument des grands feux pour bruler les ordures. Il en découle, une nuisance indescriptible pour les écoliers et les riverains, depuis maintenant près de 6 ans. Ce cas de figure est récurrent en Tunisie, spécialement depuis la Révolution, et concerne plusieurs centaines de quartiers.

- Mi-Octobre 2015, les admins du groupe décident de répondre à l’appel de Sofiane. Ils se rendent sur place pour constater que le désastre est général. Tout le Bardo est une poubelle géante à ciel ouvert. Aucune benne à ordures. Des monceaux de sachets d’ordures éventrés. Partout. Les citoyens du Bardo ne finissent pas de se plaindre et de dénoncer la municipalité.

- Les admins décident, d'aider Sofiane à nettoyer cet endroit, dans le cadre de l'action mensuelle du groupe " Je nettoie ma rue et je la maintiens propre" et même de lancer une action spéciale « Dénonçons les écoles à environnement sale et nettoyons les". Pourquoi une nouvelle action, alors que le groupe, vieux de à peine 3 mois, gère déjà de lourdes actions mensuelles avec des appels sur tout le territoire national avec pour seuls moyens la volonté de ses membres ? Parce que sur le plan psychologique collectif des tunisiens, l’école est un des symboles les plus fondamentaux du contrat social et du ciment national. L’école, support de l’ascenseur social, est porteuse de sens et de consensus qui dépasse tous les clivages politiques ou culturels.

- le Dimanche 25 octobre, le jour de la 3ème édition de l’action « Je nettoie ma rue … », des membres du groupe s’y rendent avec Sofiane. Ils sont 6 personnes à pied d’œuvre à 9h du matin. Ils seront rejoints, spontanément, dans une ambiance festive incroyable, par des dizaines d’enfants et de passants du quartier qui sont étonnés dans un premier temps par la démarche. Et l’agent municipal au travail ce jour-là, Si Ali Chouchène. Ce jour-là, aussi, avertie par le communiqué de presse du groupe, la Télévision Nationale sera là (Wataniya 1, Journal de 20h). A la fin de la journée, les tas d’ordures et de gravats et de branchages sont laissés à la municipalité pour ramassage, bien triés. Mais impossible de nettoyer tout le pourtour de plus de 100m.

- les 26 et 27 Octobre sont publiées sur la page du groupe, des photos de l’endroit nettoyé : non seulement la municipalité n’a pas levé les ordures triées mais en plus de nouvelles ordures éventrées ont été déposées juste aux endroits nettoyés. La municipalité n’étant pas venue récupérer les ordures ramassées, les habitants en ont conclu que rien n’avait changé….

La colère des membres du groupe devant l’inertie de la municipalité et l’incivilité de certains citoyens ne se retient pas. Nous l’exprimons, à travers divers articles dans les réseaux sociaux, avec des photos et des vidéos à l’appui, et des titres du type, « Wini EL baladiya ?» (Où est donc la municipalité ?) ainsi que par un statut faisant état d’une réponse ferme et civique à cette ignorance grave de l’effort de la vingtaine d’enfants qui ont nettoyé avec nous les environs de leur école. Mais le groupe ne s’arrête pas à la colère ou à la dénonciation publique. Son principe de fonctionnement est l’action. La situation en apparence désespérante (municipalité absente, riverains indélicats) génère en nous une énergie positive, plus de pugnacité et de ténacité. Le constat à la base de notre réponse à cette situation sera le suivant : « le propre appelle le propre, le sale appelle le sale ». Il fallait trouver un moyen de faire que ce lieu ne soit plus jamais que propre pour ne plus jamais appeler le sale. La prochaine fête de l’Arbre, grand évènement national traditionnel en Tunisie nous offrira l’occasion de mettre en pratique l’axiome dont nous venions de faire notre credo. Nous décidons de transformer les trottoirs de l’école en jardin.

- Nous le ferons le Dimanche 8 Novembre 2015 à l’occasion de la fête de l’Arbre et de l’action citoyenne du groupe « Un arbre, un citoyen ». Deux membres du groupe se rendent à la municipalité du Bardo pour obtenir l’autorisation, au nom du groupe, de planter des arbres tout le long du mur d’enceinte-dépotoir. Ils obtiennent cette autorisation officielle le 6 novembre 2015. Deux autres membres du groupe se démènent pour obtenir 120 plants d'arbres et arbustes qu'ils vont chercher dans une pépinière de l'état. Tous iront se procurer chez les vulcanistes du coin de vieux pneus qui seront peints par les écoliers et posés en bordure pour protéger les jeunes plants. La télévison nationale (Wataniya 2) par le biais de son émission familiale Ayelti Fi Inaya, se propose spontanément d’être partenaire de cette action, pour la sensibilisation des enfants.

- le 8 Novembre matin, la Municipalité du Bardo est là des 6h du matin, avec les grands moyens et avec à sa tête tous les responsables : Soukeina Ben Hassine, Younes Bellili, Abdesselem el Heni, et surtout le Délégué de Bouchoucha (El Mootamed) et l’agent Municipal Zied Moumni qui ont travaillé sans relâche jusqu’à la fin de l’après-midi avec nous. Nous les nommons parce qu’ils ont été exemplaires dans leur aide et que sans eux, le travail aurait toujours été incomplet. Des dizaines de riverains et d’enfants mettent la main à la pâte. Peinture des murs d’enceinte les plus sales, affichage de sensibilisation et de dissuasion.

Un des facteurs explicatifs de l’état général de saleté des rues s’est alors révélé au grand jour, grâce à la discussion entre responsables municipaux et citoyens : C’est le fait que les habitants sont dans l’ignorance de l’heure du passage des camions bennes de la municipalité. Il n’y a donc pas de coordination collective pour évacuer les dechets domestiques. Ainsi, nous avons découvert une entrave plus organisationnelle que matérielle. Cela devient dès lors un objectif à atteindre pour les riverains et pour le groupe. Malgré la promesse de la Municipalité, nous attendons toujours la solution radicale pour le problème des ordures au Bardo : diffuser maison par maison les horaires de levée des ordures pour que les citoyens ne soient plus obligés de déposer leurs ordures à toute heure et n’importe où.

- A dater de ce jour-là, une surveillance étroite de l’école est assurée par : les agents municipaux, les riverains, les écoliers, les inspectrices de l’enseignement, les admins du groupe et surtout par Sofiène Boussaada qui y passe tous les jours pour poster des photos de suivi. Nous constatons sur ces photos le maintien relatif de l’état de propreté. Mais, nous constatons aussi qu’il traine toujours des papiers d’emballage des gouters des enfants. Ces derniers les jettent à la sortie de l’école et des voitures qui se garent en abimant un peu le jardin. Il y a là une coordination à réaliser avec les enseignants de l’école pour éduquer les enfants à ne pas jeter dans la rue et n’importe où. Mais pas seulement.

- Nous décidons donc de continuer l’effort avec cette idée : peindre en rouge et blanc tout le rebord du trottoir et mettre des poubelles colorées à l’intérieur de l’école, à côté de la porte de sortie pour que les enfants y jettent les petits papiers avant de sortir de leur école. Nous informons la Municipalité du Bardo qui donne son plein accord.

- le 29 Novembre, jour de l’action nationale mensuelle « je nettoie ma rue et je la maintiens propre » notre surprise est énorme : la Municipalité du Bardo, avec Younes Bellili, a lâché une armée d’agents municipaux les 28 et 29 Novembre qui ont nettoyé, déblayé, dégagé les regards, les caniveaux dans toutes les rues adjacentes à l’école dans un périmètre d’au moins 100 mètres ! Le quartier est transformé ! Nous avons avec les enfants, peint le trottoir réparé par la municipalité, peint les nouvelles poubelles, tous avec un brassard blanc au bras en hommage à toutes les victimes du terrorisme.

Bien sûr, nous poursuivrons notre surveillance régulière de la propreté du quartier, et apprécierons la nécessité ou pas de ré-intervenir. Mais déjà, les choses ne pourront plus être comme avant. Tout le monde sait que quelque chose est possible par l’action.

EN CONCLUSION :

Que retenir de cette histoire exemplaire et réelle du terrain exposée ci-dessous ? Que peut nous apprendre cette expérience, dans ses diverses étapes, dans ses moyens, dans ses objectifs et ses succès et surtout dans ses vécus par les divers participants ? Beaucoup de choses que nous pouvons appliquer ailleurs et dans des situations similaires. Ce travail de réflexion et de méthodes d’action va se poursuivre aussi.

Mais nous voulons insister surtout sur un facteur qui nous parait essentiel :

Si Sofiane Boussaada l'a fait, ce véritable entrepreneur social, CHACUN peut le faire. A condition d'y mettre : de la ténacité, de la volonté, du temps et un peu (très peu) d'argent. La philosophie de cette histoire n’est –t-elle pas que le désir et la volonté d’un seul peuvent soulever des montagnes ? C’est cela la conception que nous nous faisons de la Tunisie de 10 millions d’Entrepreneurs Sociaux.

Quant à nous, Groupe « On a été embêté pour vous », nous avons tiré notre révérence au Bardo. Avec la certitude que les riverains et leur municipalité ne seront plus jamais les mêmes. Nous poursuivons notre chemin…

Les Administrateurs du Groupe Citoyen 'On a été embêté pour vous".

@copyright 30 Novembre 2015

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