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Le Blog des EMBÊTÉS

N° 1 de la série Notre patrimoine: L'aqueduc de Zaghouan et le complexe hydraulique de la Maalga. Par Samir Aounallah

N° 1 de la série Notre patrimoine: L'aqueduc de Zaghouan et le complexe hydraulique de la Maalga. Par Samir Aounallah
N° 1 de la série Notre patrimoine: L'aqueduc de Zaghouan et le complexe hydraulique de la Maalga. Par Samir Aounallah
N° 1 de la série Notre patrimoine: L'aqueduc de Zaghouan et le complexe hydraulique de la Maalga. Par Samir Aounallah
NDLR: Nous inaugurons, à l'occasion du mois du patrimoine (18 Avril-18 Mai 2016) une série d'articles de sensibilisation à la préservation citoyenne et à la connaissance de nos monuments tunisiens. Les contributeurs à cette campagne seront des urbanistes, des archéologues, des architectes, des journalistes, des chercheurs de l'Institut National du Patrimoine et de l'Agence de Mise en Valeur et de Préservation du Patrimoine. Ce sera notre participation citoyenne à ce mois du patrimoine, support de notre identité et de notre citoyenneté.

L'aqueduc de Zaghouan et le complexe hydraulique de la Maalga

Par sa monumentalité et son état de conservation, le complexe hydraulique de la Maalga est le site le plus impressionnant de Carthage. Ce complexe se compose de deux principaux monuments : l’arrivée de l’aqueduc de Zaghouan visible sur le terrain sur environ 300 m et d’immenses réservoirs dont la capacité de stockage avoisine les 45 000 m3.

L’ensemble est fonctionnel dès la fin du règne d’Antonin le Pieux, en 157 p.C.

Par le parcours de cet aqueduc, 132 km, ce qui fait de lui le plus long du monde romain, par l’immensité des réservoirs de la Maalga et de Borj Jedid, près des thermes d’Antonin, on est sans conteste en présence d’un projet hydraulique très ambitieux et très couteux dont les origines remontent probablement aux premiers temps de la colonie romaine, sinon au plus tard au premier siècle p.C.

Malgré l’absence de preuves, les historiens considèrent de façon unanime que c’est l’empereur Hadrien (117-138) qui a décidé que cet aqueduc soit construit depuis le Mont Zaghouan. En effet, on lit dans sa biographie que lorsqu’il se rendit en Afrique, en 128, la pluie tomba à son arrivée, après cinq années de sécheresse, ce qui lui valut l’affection des Africains. On lit surtout dans cette même biographie qu’il « … appela beaucoup de cités Hadrianopolis, entre autres Carthage et une partie de la ville d’Athènes et qu’il donna aussi son nom à un nombre infini d’aqueducs ».

On peut penser en toute logique que lors de ce voyage, l’empereur fit une première halte dans la capitale africaine pendant laquelle il décida d’accorder à Carthage le droit de capter et de conduire la source du Mont Zaghouan. Sensible aux réclamations des Carthaginois les plus illustres, se plaignant après une longue sécheresse, du manque d’eau courante et de l’absence d’un établissement thermal digne de leur rang de métropole, l’empereur dut leur accorder ce privilège de l’eau, comme il l’avait fait auparavant, en l’an 120, pour les gens de Lepcis Magna, en Lybie, en « assurant l’éternité de l’eau » pour les thermes (IRT, 358).

Ces détails constituent autant d’arguments, sinon de preuves, pour qualifier ce projet d’impérial.

En effet, partant de Zaghouan, l’antique Ziqua, ville située à 56 km à vol d’oiseau de Carthage, traversant le territoire de plusieurs cités autonomes, ce qui suppose des servitudes, un tel ouvrage ne pouvait être réalisé que sur décision impériale.

Le tracé de l’aqueduc

Nous disposons d’une belle et longue étude de cet aqueduc due à l’architecte et archéologue allemand F. Rakob. Long de 132 km, ce qui fait de lui le plus long du monde romain, cet aqueduc est constitué de deux conduites principales : la première, la plus longue et la plus ancienne aussi, Aïn Zaghouan-Carthage, court sur 90,431 km ; la deuxième, inaugurée probablement à l’époque sévérienne, court sur 33,652 km reliant Aïn Jouggar, l’antique Zucchar, à Moghrane, où elle rencontre la première conduite.
Ces sources assurent un apport de 370 litres par seconde, soit 32 000 m3 d’eau par jour, assez pour remplir quotidiennement le complexe hydraulique de Borj Jedid, près des thermes d’Antonin. On ignore toutefois si Carthage profitait de la totalité de cet apport et si, pour des raisons de servitude, d’autres agglomérations et propriétaires terriens se trouvant sur le parcours de l’aqueduc, pouvaient en jouir.

Nous ignorons aussi comment cette eau était exactement utilisée et répartie à l’intérieur de la ville : la seule certitude acquise aujourd’hui est le lien entre cet aqueduc avec les thermes d’Antonin, l’amphithéâtre et le cirque.

Les citernes

Ce réservoir d’eau est l’un des plus impressionnants du monde romain. Il comprend 16 compartiments et mesure 130,75 m sur 101, 95 m. La profondeur de chaque compartiment est de 4 m, ce qui indique que l’ensemble pouvait contenir un peu plus de 44 000 m3. Les récentes recherches sur le terrain dues à des archéologues italiens et tunisiens ont permis de confirmer le lien avec l’aqueduc de Zaghouan par le biais d’un castellum divisiorum, une sorte de bassin répartiteur, relié à ces citernes, à celles de Borj Jedid, près des thermes d’Antonin, et à l’amphithéâtre.
La date de la construction de ces réservoirs reste une question controversée en raison de son orientation qui diffère de celle du cadastre de la colonie césaro-augustéenne constituée dès 44 et renforcée en 29 a.C. Cette différence d’orientation entre les deux cadastres peut s’expliquer par l’antériorité du monument par rapport au cadastre augustéen, mais en ce cas se pose la question de l’alimentation primitive de ces réservoirs que les eaux pluviales ne suffisaient certainement pas à remplir entièrement. Selon certains spécialistes, il n’est pas impossible qu’une source d’eau, aujourd’hui tarie, ait pu être aménagée à cet effet.

Par Samir Aounallah, Directeur de Recherche à l'Institut National du Patrimoine,

Détaché auprès de l'ANMVPP, en tant que Directeur de l'Information et des Relations avec les Associations.

@copyright 2016, Le Journal d'un Groupe Citoyen Tunisien.

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