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Le Blog des EMBÊTÉS

Une nuit au Musée du Bardo. Par Monia Malleh Kchouk

 Une nuit au Musée du Bardo. Par Monia Malleh Kchouk

Une nuit au Musée du Bardo

Monia Malleh Kchouk 29 Juin 2016

OAEEPV, une famille qui y croit...

Il y a de ces personnes que l’on n’arrêtera jamais d’apprécier, il y a de ces moments qu’on arrivera jamais à oublier et il y a de ces actions qui vous comblent de bonheur, parce que vous sentez que, malgré tout vous avez essayé, vous avez tenté.

Lorsque notre aventure a commencé sur le groupe OAEEPV, on n’était que six membres, des connaissances, des amis pour certains. Ensuite, avec le temps, certains sont partis, d’autres ont intégré le groupe. Nous avons essayé chaque fois de rester soudés, d’être «une famille», car nous croyions en quelque chose, nous croyions en nous et en ceux qui partagent nos idées , nos rêves, nos malaises, nos rires, nos peines, nos espoirs… et surtout notre amour pour la Tunisie, ce petit bout de terre, si grand par son histoire, par son patrimoine, par ses bâtisseurs. Nous avons cru en une Tunisie meilleure et nous continuons d’y croire.

 Une nuit au Musée du Bardo. Par Monia Malleh Kchouk

Arrêtons de piétiner notre patrimoine

Aujourd’hui, nous en sommes à la 11ème édition de «Je nettoie ma rue et je la maintiens propre» et à notre 15ème action citoyenne en un an : «Arrêtons de piétiner notre patrimoine» .

Nous avons aussi réussi un exploit citoyen : faire ouvrir le Musée du Bardo, le soir, pour l’inauguration du port des chaussons par les visiteurs et la transmission du don citoyen d'un an de consommation avec distributeur et conteneur pour les chaussons usagés.

Nous avons pu réaliser cela grâce aux responsables directs du musée qui étaient à l’écoute et qui ont cru en nous. Cela a été possible grâce à la vigilance des forces de l’ordre qui ont rendu cette visite moins pénible, car pour moi je ne pouvais encore oublier le carnage de juillet : en prenant les escaliers, j’ai eu un nœud au creux du ventre, je me suis rappelée les deux terroristes prenant les escaliers et je me suis presque sentie mal tellement le souvenir était vivace et pourtant …lorsque j’ai vu les merveilleuses mosaïques, la salle où est exposé le buste d'Hannibal, le plafond à vous couper le souffle , les différentes fresques, je me suis sentie fière, fière d’appartenir à ce pays si riche par son passé, par son histoire et j’ai oublié la mort.

Car tout était vivant devant moi, ces gens dans leurs jolis costumes traditionnels, ces rires, ces allers et venues sereines et puis, cerise sur le gâteau, ce chant lyrique, cette reprise époustouflante de «Bani watani» de Oulaya et puis notre hymne national résonnant dans cette salle remplie de souvenirs, de mosaïques romaines, de tableaux de chasse… Et ces voix qui s’élèvent pour rejoindre cet hymne à l’amour, à la joie, au bonheur et à l’espoir… Cet hommage fait à ceux qui sont partis, mais aussi à ceux qui sont là et qui ont bravé leur peur pour être parmi nous pour une Nuit au Musée.

Nous avons voulu démontrer à travers cette action , et d’ailleurs toutes les autres qui l’ont précédée, que «si on veut on peut», qu’il ne s’agit ni de gros moyens, ni de centaines de personnes, ni de moyens financiers… Simplement la volonté, celle de vouloir donner, offrir, changer, améliorer et, surtout, ouvrir des possibilités, concrétiser des idées!

Certains voient en ce que nous faisons un «combat inutile face à un pays à la dérive», se délectent de nous rappeler que nous sommes des rêveurs, que ce que nous faisons est du ressort des autorités publiques, que nous bâtissons des châteaux en Espagne et que nous nous battons pour rien. Certains se font une joie de critiquer et c’est leur droit, mais ne dit on pas que la critique est aisée mais que l’art est difficile? Et derrière ces critiques que proposent-ils? Que font-ils derrière leurs claviers à part critiquer faute de donner des solutions, faute d’avoir essayé? Rien en somme que des clichés, de la parlotte et pour ceux-là, je n’ai que compassion car ils ne vivent pas notre quotidien, ni nos rêves, ne se font pas plaisir en essayant de changer le monde, leur monde, ils sont là et existent car c’est la loi de la nature sans plus.

D’autres par contre réagissent, agissent, encouragent, essayent, bougent et c’est là notre bonheur, notre joie de retrouver ceux qui nous ressemblent car ils croient, ils espèrent et ils font.

Ce 28 Juin 2016, toutefois, certains hauts responsables de secteurs concernés sont passés à côté d’une opportunité en or de lancer un message d’espoir d’un lieu qui a vécu un drame immense.  Tous étaient informés. Ils auraient pu donner le coup d’envoi à cette nouvelle culture citoyenne, ils auraient pu aussi promouvoir le tourisme cultuel, absent de nos guides de voyage, ils auraient pu… et pu et pu… Mais ils ont préféré ne pas s’en soucier comme toujours et ont brillé par leur absence.

Sur tous les dizaines de milliers de membres des différents groupes partenaires,  ils étaient tout de même 150  (pour la nocturne sur deux heures de temps) présents à dire qu’ils partagent réellement l’esprit de nos actions, ce fut une légère déception vite dépassée par la joie de découvrir ce matin la photo de touristes portant les chaussons offerts la veille au musée. 

Une note d’espoir sur laquelle je voudrais terminer, celle de la collaboration de la direction du musée et l’envie aussi pour nous de continuer. Aujourd’hui plus que jamais, nous sentons que c’est un devoir pour nous d’aller de l’avant, de ne pas baisser les bras , nous avons la chance d’être une équipe soudée, dont je remercie chaque membre et nous sommes convaincus que le chemin malgré sa longueur finira par déboucher sur des horizons fleuris embaumant le beau et vrai jasmin de chez nous.

Ma Nuit au Musée, ma nuit avec mes amis, avec mes enfants, m’a donné le courage de continuer ma quête d’une Tunisie meilleure.

29 Juin 2016, Monia Malleh Kchouk

@copyright Le Journal d'un Groupe Citoyen Tunisien. 

 Une nuit au Musée du Bardo. Par Monia Malleh Kchouk
 Une nuit au Musée du Bardo. Par Monia Malleh Kchouk

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