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Le Blog des EMBÊTÉS

L’AUTRE KASSERINE, CELLE QU’ON NE VEUT PAS NOUS MONTRER. Pr Neziha Gouider-Khouja

La Kasserine rieuse et en bonne santé, malgré les conditions difficiles parfois

La Kasserine rieuse et en bonne santé, malgré les conditions difficiles parfois

L’AUTRE KASSERINE, CELLE QU’ON NE VEUT PAS NOUS MONTRER

Ou comment une "contre-enquête citoyenne" tord le cou à l’épouvantail de la « marginalisation des régions » et propose de s’attaquer à la réalité autrement

Pr Neziha Gouider-Khouja,  13 Septembre 2016

 

Le 11 septembre 2016 fera date. C’est une veille de l’Aid El Kbir.

Ce jour-là, sept citoyens font un périple singulier de 1000 kilomètres à l’intérieur de leur pays. Qui se révèlera être un voyage en eux-mêmes et en l’Autre. Ils reviennent de ce voyage avec des étoiles dans les yeux, de l’émotion débordant du cœur. Et dans leurs têtes, des dizaines d’idées folles mais très réalistes et parfaitement réalisables, avec un peu de rigueur et pas forcément de grands flux financiers comme n’importe qui ne faisant pas partie de OAEEPV, pourrait le croire.

Et ils reviennent surtout avec des dizaines de questions.

Dont une surtout: POURQUOI NE NOUS MONTRE-T-ON JAMAIS CE KASSERINE-LÀ ?

Le présent article, le premier d’une série d’articles sur ce voyage, s’attachera à essayer de poser cette question et à y répondre. Cette question et sa réponse nous semblent avoir une importance majeure pour TOUS les tunisiens. Pourquoi ? Parce que ce que nous avons vu et entendu de la réalité dans la région de Kasserine est parfaitement transposable à toutes les régions, donc à tout le pays. Et permettrait dans l’avenir de poser la même question pour chaque région dite « marginalisée » en Tunisie et même pour les régions qui prétendument ne sont pas « marginalisées ».

Nous postulons que les solutions actuelles proposées à la dite « marginalisation des régions » sont inadéquates, que le concept même de « marginalisation des régions » est erroné,  presque fabriqué de toutes pièces  (pourquoi ? nous y reviendrons),  et que en tant que faux concept, il ne peut enfanter que de fausses solutions. Ce qui, à nos yeux,  pourrait expliquer, au moins en partie,  l’inefficacité relative, pendant des décennies, de tous les plans de développement des régions.

les Braves de OAEEPV à la rencontre des Braves de Kasserine
les Braves de OAEEPV à la rencontre des Braves de Kasserine

les Braves de OAEEPV à la rencontre des Braves de Kasserine

Qui sommes-nous pour parler ainsi ?

Oui, nous ne sommes QUE des citoyens (ni journalistes, ni politiciens, ni experts, ni ONGistes). Oui, nous ne maitrisons aucun des dossiers officiels, ni les chiffres. Oui, nous n’avons pas de compétences officielles dans la résolution des problèmes de macro-économie etc...

Par contre, notre regard de citoyens sur le problème est neuf et notre analyse est documentée par autre chose que des chiffres.

Il faut espérer que cette analyse trouvera un écho, surtout auprès des AUTRES CITOYENS tunisiens, la seule force vive aujourd’hui capable de renverser la vapeur dans ce pays où rien ne semble aller.

Pourquoi avons-nous décidé d’aller à Kasserine au lieu de –solution plus confortable- envoyer des dons ?

L’effroyable accident qui a eu lieu à Khmouda  le 31 Aout 2016, a soulevé la vague de solidarité habituelle entre tunisiens. Les membres du Groupe pour la Nouvelle Culture Citoyenne OAEEPV se sont posés naturellement la question de comment contribuer à cet élan solidaire. D’où l’action citoyenne #HELPKASSERINE, 19ème action citoyenne du Groupe et qui s’est fixé une méthode et des impératifs : aller sur place voir par nous-mêmes, ce dont nos compatriotes avaient réellement besoin, coordonner avec les Kasserinois et les autorités locales pour cibler ces besoins, et avant tout agir à tout prix pour éviter la déscolarisation des élèves des familles sinistrées et assurer leur rentrée scolaire. 

Quelles craintes dans nos têtes avant le voyage?

Nos têtes, les jours précédant le départ, sont emplies de craintes et des « infos » véhiculées par les médias et les partis : la misère partout, l’insécurité partout, les infrastructures en piteux état, les contrebandiers, les terroristes, l’ombre redoutable du Mont Chaambi et celle de Jbel Sammama, le manque de moyens, le chômage, la paresse, la mentalité d’assistés, l’insalubrité, les gamins qui se suicident,  les gamins qui se droguent, les responsables incompétents, l’insalubrité, etc…Autant d’images que celles que nous servent les médias et les représentants des partis, depuis des années et les seules que nous ayons sur la région.

Et nous avons réellement peur de ce voyage vers l’inconnu, ou tout du moins vers ce que nous « connaissons »  ou croyons connaître de cette région. Le nombre de "braves", pour cette raison (mais aussi pour d'autres raisons) ne cessera d'ailleurs de s'amenuiser au fur et à mesure du montage de l'action: nous passons de 21 à 7. 

En vrac, l'hôpital , le dispensaire, l'école, les dépotoirs, le drapeau, les kasserinois....
En vrac, l'hôpital , le dispensaire, l'école, les dépotoirs, le drapeau, les kasserinois....
En vrac, l'hôpital , le dispensaire, l'école, les dépotoirs, le drapeau, les kasserinois....
En vrac, l'hôpital , le dispensaire, l'école, les dépotoirs, le drapeau, les kasserinois....
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En vrac, l'hôpital , le dispensaire, l'école, les dépotoirs, le drapeau, les kasserinois....

Que trouvons-nous en réalité dans la région de Kasserine? 

Surprise ! Nous allons, à chaque kilomètre nous rendre compte de l’ampleur du « mensonge » qu’on nous sert. Rentrons dans les détails:

Parlons INSÉCURITÉ

Si sentiment d’insécurité survient, ce sera ponctuellement, sur des tronçons de routes précis (entre Rouhiya et El Gsour, entre Rouhiya et Makthar par exemple) et ce sera du à la tombée de la nuit et à la nature des lieux : routes isolées, entre les montagnes ou traversant de vastes plaines où on ne voit pas âme qui vive. Un peu comme sur n’importe quelle route de road-trip dans le monde. Sur le reste des mille kilomètres parcourus en un jour, le sentiment de sécurité complète nous accompagnera à chaque minute: nos forces de l’ordre harnachées de neuf, nettes, armées jusqu’aux dents sont omniprésentes et aimables et serviables et souriantes, même si elles nous ont arrêté pour contrôle quinze fois au cours de ce périple. C’est de ce Kasserine là, sécurisé, qu’on ne nous parle jamais.

Parlons INFRASTRUCTURES

-Les routes menant à Kasserine et aux villages environnants sont les meilleures routes que nous ayons empruntées depuis des années: asphaltées de frais et larges, leurs abords nets et propres. C’est de ce Kasserine là, où il y a vraies belles routes, qu’on ne nous parle jamais.

- L’hôpital régional de Kasserine, notre lieu de rendez-vous avec tous les responsables de la région que nous avons contactés, n’est pas plus vétuste que n’importe quel hôpital un peu ancien de Tunisie, il y manque des choses certes (et nous reviendrons avec un article dédié à la teneur de la discussion qui a eu lieu à l’hôpital). Mais il n’y manque certainement pas les ambulances, ni d’ailleurs les médicaments de première nécessité comme nous avait répondu laconiquement le cabinet du ministère de la santé que nous avions contacté en premier. C’est de ce Kasserine là, qui avance, qu’on ne nous parle jamais.

- Le dispensaire de Khmouda, est propret, un peu vétuste, un peu sous-équipé et surtout sous approvisionné et un peu trop petit pour les 11 000 âmes qu'on nous dit qu'il dessert, mais pas plus mal nanti que n’importe quel dispensaire de Cité Ettadahmen ou Cité Ezzouhour. Et le personnel y fait de son mieux avec ce qu’il a. C’est de ce Kasserine là, qui gère, qu’on ne nous parle jamais.

- L’école primaire de Mraouna, un peu avant Khmouda, c’est toute une histoire que nous raconterons dans un prochain article, à part, car ce que nous y avons entendu pourrait être emblématique des plaies principales du pays. Et aussi parce que le rapport de la vérité sur cette école nécessite un complément d'informations que nous essayons d'obtenir. Toujours est-il qu’à peu de frais pour nous, avec un peu de bonne volonté de la part des concernés locaux, l’eau coupée depuis des mois, y coulera de nouveau avant notre départ et un drapeau neuf y sera hissé. C’est de ce Kasserine là, efficace et volontaire, qu’on ne nous parle jamais.

Parlons INSALUBRITÉ

La région de Kasserine est plus propre que la capitale, et quand nous disons cela,  nous savons de quoi nous parlons, nous  qui avons passé une année à nettoyer et silloner les différents quartiers de Tunis. Donc plus propre que Tunis, sauf pour des spots précis, comme partout ailleurs en Tunisie (décharges sauvages dans les lits des oueds). Certes, il y a des constructions anarchiques, mais pas plus ni pire qu’à la Marsa. Certes, il y a des rues défoncées, non apshaltées, mais pas plus que dans toute zone de constructions anarchiques et nouvellement imposées par l’urbanisation sauvage qui gangrène tout le pays. C’est de ce Kasserine là, qui ressemble à toutes les grandes villes de Tunisie,  qu’on ne nous parle jamais.

Parlons MISÈRE

Alors oui, il y a des familles dans le dénuement, dans l’isolement, dans le manque de tout et que de plus, la vie n’a pas épargné : un père cancéreux, une mère, qui faisait vivre sa famille en vendant des figues de barbarie, et qui est décédée dans l’accident de Khmouda et cinq enfants dont le puiné a quand même décroché le bac. Et dont les plus jeunes iront quand même à l’école ce 15 septembre. Alors, oui qu’on nous montre une seule région de Tunisie et du monde, où il n’y a PAS ce type de misère humaine et de dénuement ? Pour cette famille en particulier, nous veillerons et les citoyens kasserinois qui nous ont fait visiter cette famille, y veilleront. Tout comme eux et nous avons pris l’engagement de veiller à la même chose pour d’autres familles. C’est de ce Kasserine là, solidaire,  qu’on ne nous parle jamais.

Parlons CONTREBANDE

Toute la route est ponctuée de points de vente d’essence de contrebande. Oui. Au vu et au su de tous, y compris des autorités locales. Un seul constat : sur des dizaines de kilomètres à la ronde, ayant épuisé le plein fait à Tunis, nous n’avons pas trouvé une seule station d’essence pour nous approvisionner, alors que nous étions au milieu de nulle part, alors que nous étions perdus, entre Kasserine et El Gsour. Il a fallu qu’on retourne à Sbeitla dans un kiosque, pour faire le plein qui nous permettait de rentrer à Tunis.

Aucune conclusion hâtive à en tirer sur l'épineux sujet de la contrebande mais deux questions : pourquoi n’y a-t-il pas de stations d’essence normales pour les citoyens qui ne veulent pas acheter de la contrebande ? Pourquoi la signalisation routière est pauvre, quasi-absente, entre les villages au point qu’on s’est perdus plusieurs fois dans la journée malgré que nous disposions de cartes routières ? C'est de ce problème là, de Kasserine et d'ailleurs, qu'on ne nous parle jamais. 

Parlons des KASSERINOIS 

- La région de Kasserine est certes montagneuse, mais elle est aussi faite de plaines verdoyantes. Le paysage est ponctué de sénias, arborisées à perte de vue, bien clôturées, abritant des petites maisons élégantes. C’est de ce Kasserine là, bien tenu, qu’on ne nous parle jamais.

- Les autorités locales et régionales de Kasserine (Education, Santé, Croissant Rouge, Municipalité, responsables ruraux, Délégués …) sont des hommes et des femmes investis de leur mission, connaissant au plus petit détail les vrais besoins de leur région, répondant honnêtement et ouvertement à toutes nos questions. Ils ont venus, ils sont TOUS là, ce dimanche , ce férié, cette veille de Aid Kebir. Et pourtant nous ne sommes pas une délégation officielle, ni des grosses pointures, ni des journalistes. Nous ne sommes « que » des citoyens, compatriotes venus exposer clairement leur objectif : aider en collant au plus près à des besoins précis et dans la durée. C’est de ce Kasserine là, compétent, présent, efficace, qu’on ne nous parle jamais.

- Les Kasserinois que nous avons rencontrés (plus d'une centaine) sont des tunisiens comme les autres : ouverts, hospitaliers, souriants même au pire de la pauvreté, généreux. Une jeune kasserinoise s’ouvre à la plus jeune citoyenne de notre groupe qui la félicite du raffinement et de la beauté de la sénia où vit cette jeune fille : « Nous sommes beaucoup de Kasserinois à aimer la beauté, la propreté, l’ordre, le raffinement, la nature, le travail, nous aimons notre région et ne voulons pas la quitter pour la capitale. Mais on ne nous interroge jamais, les journalistes ne viennent pas nous voir. Ils montrent toujours Kasserine pauvre, violente, agressive, paresseuse, sale, démunie. Ils ne montrent que ceux qui réclament et revendiquent. Ils ne montrent jamais ceux qui bossent et qui font avancer leur région ». Propos confirmés par le responsable régional de l’Education : La région de Kasserine détient des palmarès en culture (musique en particulier) et en sport au niveau national.  Quelqu'un le sait-il? Quelqu'un en a-t-il entendu parler dans les médias? C’est de ce Kasserine là, qui développe sa région et qui l'aime sans bruit, qu’on ne nous parle jamais.

Parlons de CHAAMBI

Tout au long de la journée la silhouette du mont Chaambi se profilera à l’horizon, pour nous, lourde des menaces réelles que nous connaissons. Jusqu’au moment où, en fin de journée, nos accompagnateurs Kasserinois nous proposent d’y aller. Et là, la délégation de citoyens découvre un autre Chaambi : une nature fabuleuse, un calme serein... et au pied du mont qui nous faisait peur, un centre d’hydrothérapie par les eaux minérales, un centre équestre et un café, dont nous ignorions, comme la majorité des tunisiens, jusqu’à l’existence. C’est de ce Chaambi-là, élégant, bon vivant,  qu’on ne nous parle jamais.

L'eau, signe de vie, qui coule à nouveau dans l'école de Mraouna...

En quoi  notre "contre-enquête" citoyenne tord-elle le cou à l’épouvantail de la « marginalisation des régions » et propose de s’attaquer à la réalité autrement ?

Ayant fait les constats énumérés plus haut, qui vont tous à l’encontre du cliché acquis pour tous les tunisiens, de « marginalisation voulue »  qu’on nous donne de la région de Kasserine,  voici deux  autres constats, relevés rien que sur la route du retour.

- Certaines routes desservant des petites localités sont en mauvais état, mal entretenues, mais pas plus qu’ailleurs en Tunisie. La ville de Makhter est plutôt sale par rapport à ce qu’on a vu ailleurs, mais c’est fin de jour de marché et les rues sont aussi sales (mais pas plus) que celles des abords du marché  du Bardo, à coté des aqueducs romains , à quelques encablures du centre du pouvoir, l’ARP (il s’agit, rappelons-le, de la REGION de Tunis).  Précision importante, pour enterrer dans nos têtes la notion de « RÉGIONS marginalisées », Makthar, n'est à quelques dizaines de kilomètres de la ville de Kasserine et c’est la RÉGION de Siliana. 

Bon, eh bien , à ces critères-là, TOUTE la Tunisie est une RÉGION marginalisée. 

- Cette notion n’existe que dans nos têtes, en voici la preuve : alors que nos yeux sont encore pleins de la vérité sur Kasserine, nous nous arrêtons à Bargou (REGION de Siliana), dans une famille qui sait que nous revenons d’une action citoyenne à Kasserine. Les membres de  cette famille,  qui pensent dur comme fer que ce sont plutôt eux qui vivent dans une REGION marginalisée,  nous sortent les clichés avec lesquels nous avons nous-mêmes quitté Tunis : Kasserine la paresse, Kasseriene la contrebande, Kasserine ceci, Kasserine cela… Oh non ! Arrêtons la division du pays.  Arrêtons la division des Tunisiens. Tordons le cou à ce cliché éculé de "région marginalisée" et de région plus marginalisée que d'autres. Une espèce de surenchère ( très vendeuse en politique) à qui est le plus marginalisé (et par qui d'ailleurs?). 

Nous sommes ainsi amenés à nous poser et à poser à tous, quelques questions :

  • Pourquoi cette croyance est-elle maintenue dans l’esprit de tous ? Quels bénéfices ? Pour qui ? Quel journalisme pour parler de la réalité?  Est-ce pour le maintien d’une région sous la psychologie de la tutelle et de l’assistance (alors que ses habitants ont tout pour réussir par eux-mêmes)? Est-ce pour commercer avec la misère humaine qui serait plus vendeuse dans une région que dans un autre? QUI A INTERET A MAINTENIR  CETTE IMAGE DE LA REGION DE KASSERINE ET DE TOUTE REGION DITE « MARGINALISÉE » ?  

Pour nous, il n’y a pas de RÉGION marginalisée, il y a  comme partout en Tunisie, des ZONES défavorisées, à aider à tout prix, mais AUTREMENT QU'EN STIGMATISANT UNE REGION ENTIÈRE ET EN CULPABILISANT UN PAYS ENTIER ! 

  • Comment faire pour que les autorités locales et régionales, qui se démènent pour se faire entendre sur leurs vrais besoins, soient ENTENDUES et qu’on arrête de les inonder de dons qui –à quelques rares exceptions- ne servent à rien d'autre qu’à calmer les fringales de solidarité citoyenne, officielle ou politique, de ceux qui donnent ?

Toute la Tunisie est belle. Toute la Tunisie regorge de ressources humaines et matérielles, mal gérées, partout, sans distinction de région. Toute la Tunisie compte des sites et zones défavorisées, partout, sans distinction de région.  

Ayant livré ces postulats à la réflexion des lecteurs, nous allons continuer en rédigeant des articles sur chaque point précis soulevé ici, avec les détails sur chaque volet et sur notre vision de citoyens sur les problèmes de nos concitoyens et ce que nous pensons être les moyens concrets d’y remédier.

Travaillons à changer cela, en changeant d’abord la position du problème. Un certain Moncef Bouchrara, entrepreneur social et pionnier de la culture citoyenne répète souvent ceci : « Problem setting is more important than problem solving ». Notre groupe s’attachera à poser le problème de la manière qui permettra à chacun d’aider à trouver les vraies solutions.

 

Pr Neziha Gouider-Khouja,  13 Septembre 2016

pour les Braves du Groupe Pour la Nouvelle Culture Citoyenne OAEEPV:  Atf Chaar, Arbi Abdallah, Dorsaf Rais Maamer, Aida Hassan Rouissi, Thouraya Hamrouni, Mehdi Ayed et Rym Khouja. Et pour ceux qui ont participé à l'action : Monia Malleh Kchouk, Faouzia Skhiri, Ikram Guizani, Lilia Meddeb, Bouchra Moussaoui, Mongia Mediouni Ep Lachheb, Isabelle Trabelsi, Hanen Slim et les membres du Croissant Rouge de Ezzahra. 

@copyright "Le Journal d'un Groupe Citoyen Tunisien". 2016

Lien de la page du groupe citoyen OAEEPV: https://www.facebook.com/groups/1159574887392152/

 

 

 

 

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kamel bakri 18/09/2016 16:12

Un écrit documentaire intéressant, car il y a des Tunisiens qui ne connaissent pas Kasserine. Il pourrait leur servir à connaitre une région qu ils ignoraient ou à rectifier leurs stéréotypes; Oui, c est évidemment ce qu on dit de Kasserine et de ses habitants; La mauvaise réputation se répand facilement; La face cachée de Kasserine reste occultée, volontairement. Certes Kasserine est comme toutes les autres villes, mais elle reste oubliée, une malédiction politique. Peut-être divine.

Cependant, ce qui est plus important dans cet article, c est qu il ne pas être réduit au documentaire, puisqu il est à fois;
1 Récit
2 informatif,
3 explicatif,
4 Argumentatif
5 Injonctif.

Écrire un tel article, ou plutôt un tel écrit, car article est réducteur nécessite une motivation, une sincérité et une force de titans. Merci pour le travail que vous avez accompli et merci pour texte riche en tout. Un texte que tout Kasserinois aurait aimé écrire en hommage à sa ville berceau;

K.B
.

neziha gouider khouja 19/09/2016 08:07

Merci beaucoup si Kamel pour votre appréciation (argumentée) de cet écrit et du travail accompli. Nous continuerons à être ce que nous sommes et à contribuer à construire le rêve que nous voulons pour notre pays, dans la mesure de nos moyens.

amel djait 13/09/2016 16:36

Merci pour ce travail. Voila ce que j’écrivais il y' a un an: http://www.webmanagercenter.com/magazine/economie/2015/09/22/166344/reportage-kasserine-une-region-aux-enormes-potentialites-inexploitees

neziha gouider khouja 28/09/2016 07:38

bravo à vous aussi amel djait. malheureusement, ce ne sont pas les travaux et les articles les plus pertinents et les plus vrais qui se lisent le plus. c'est la même chose pour mon article; un article que j'avais écrit pour dénoncer la saleté autour du Mall of Tunisia a eu 10 fois plus de lecteurs que mon article sur kasserine. c'est ainsi. mais cela n'empêchera jamais que votre travail sur la région de kasserine reste une référence. un jour les tunisiens y reviendront. il reviendront aussi à mon article et au travail de OAEEPV. l'important est de croire à ce qu'on fait. nul besoin de démontrer qu'on a un engagement sincère ou fictif, désinteréssé ou opportuniste, l'opinion admirative ou négative des autres sur vous, sur nous, nous importe peu, ce n'est pas pour l'admiration que nous oeuvrons. bonne continuation Amel!

kamel bakri 24/09/2016 02:05

Un jour, ces personnes désengagées ou inauthentiques se vanteront d avoir visité Chaambi. Terreur de la Tunisie, il n y a pas longtemps. Il était peuplé de terroristes, de mercenaires et de vendus. Ces terroristes, eux aussi se croient engagés. Ce sont des criminels encouragés par des complices, bons citoyens, le citoyen honnête, mouchard et indic qui se permet tout. Le reste forme la p tite bourgeoisie, tant que c est loin de chez moi, ce n est pas important, chacun balaye devant sa porte. Moi et le reste du monde. Une mentalité ui exclut tout solidarité MORALE, une mentalité d arrivistes et de profiteurs. Mais la Tunisie n est pas proie pour ces rapaces sans scrupules, ni un cadavre pour ces charognards. Elle est la vie et la fierté de tout un ensemble ou plutôt d un sous-ensemble: les honnêtes et les sincères. La Tunisie est l Amour. Quand on ne l aime pas, on n aimera personne. Lorsqu on l aime, on l aime pas facilement. Notre amour pour la Tunisie est une morale et qui aime les leçons de morale...A part les sérieux et les impliqués. Engagés, non, car tout le monde prétend l être. En tant qu homme, la Tunisie est une Femme que j aime fidèlement et éperdument.

kamel bakri 24/09/2016 01:02

Merci et bravo pour votre engagement. Je crois que vous étés la personne la plus active et la plus dynamique dans votre équ....Car il n y a vraiment de réactions. Il en est des personnes passives, d autres aventurières qui cherchent les excursions en groupes. Bref, des personnes qui aiment le spectacle qu il méprisent et ne veulent en aucun cas vivre. Aujourd hui, les malheurs se réduisent en spectacles et en images, en prise de position spectaculaire. Certains le ressentent et le vivent, d autres l exploitent. L engagement prend une autre tournure, son discours est tautologique. Mais le votre, je n en doute pas, bon courage avec ces freins, ses contraintes et ces bâtons.