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Le Blog des EMBÊTÉS

Si Kasserine m’était contée!

Si Kasserine m’était contée!

Il faisait beau ce vendredi 2 décembre 2016. Depuis quelques jours, j’étais excitée à l’idée de partir ENFIN à Kasserine. La première action de «kits citoyens OAEEPV» m’a donné, comme à plusieurs autres Braves d’ailleurs, l’envie de partir sur le terrain, de voir ces enfants, de visiter ces écoles et de continuer surtout cette belle action de solidarité avec de nouveaux kits: les Kits «Hiver» et les Kits «Hygiène».

Enfin le jour «J» est arrivé!

Je connaissais déja certains Braves et j’allais découvrir les autres aujourd’hui. C’est ainsi que l’aventure a démarré.

Je rencontre Dorsaf et Hanène la première fois à une station service sur l’autoroute. Neziha, Atf, Thouraya et Bayrem sont déjà devant. Ce n’est pas toujours facile de voyager avec des personnes que l’on ne connaît pas, mais le courant est vite passé avec les filles. C’est en se présentant les unes aux autres et en se liant d’amitié que l’on parcoure ensemble le chemin vers Kasserine.

Sur la route, on apprend que la famille de Lilia vient juste d’arriver à l’hôtel et décharge déjà le camion. Les autres Braves que nous appelons affectueusement, «La Bande à Houda» (Selima, Houda, Leila et Azza) nous rejoindront plus tard, après le travail.

On continue notre bonhomme de chemin le cœur léger et les yeux émerveillés par tant de beauté. La Tunisie est vraiment magnifique!

Plus tard, au cours d’une petite escale, Neziha et compagnie nous rejoignent : embrassades, photos et rires ponctuent cette pause. Nous repartons plus heureux et plus enthousiastes encore! Kasserine nous attend!

Une nuit de sommeil bien méritée nous redonne l’énergie nécessaire pour une longue journée de travail. Au programme, visites de deux écoles: celle de Lajred et celle d'Henchir Sahraoui.

Si Kasserine m’était contée!
Si Kasserine m’était contée!
Si Kasserine m’était contée!

Le matin, après un petit déjeuner dans l’allégresse et la bonne humeur, nous sommes accueillis si chaleureusement par les Directeurs Régionaux de la Santé (Dr Abdelghani) et de l’Education (M. Nasralli) et par le médecin responsable de la Médecine Scolaire (Dr Mhamdi), que le froid du matin semble s’estomper.

Une fine pluie commence à tomber et nous nous mettons vite à l’abri dans les voitures fournies par le Ministère de la Santé. Les chauffeurs sont agréables et serviables. Nous prenons quelques photos souvenirs devant la porte de l’hôtel et nous commençons notre petit voyage, escortés par les forces de l’ordre, agréables, souriants et discrets.

Le chemin menant à l’école de Lajred est goudronné. Le paysage est à couper le souffle, des arbres des deux côtés de la route, le soleil qui pointe soudain le bout de son nez… je suis... NOUS sommes extasiés face à tant de beauté! Entre le Mont Chammbi et Sammama, nous nous arrêtons pour prendre encore quelques  photos. Une heure et demi plus tard, nous arrivons enfin à Lajred, par une petite route sinueuse et nous découvrons avec émerveillement une école si agréable, si bien entretenue, si bien décorée qu’elle ferait pâlir d’envie plus d’une école à Tunis! Nous sommes accueillis par le directeur, les maîtresses d’école et une quarantaine d’élèves magnifiques, si mignons, dont certains ont des yeux d’une couleur indescriptible.

Si Kasserine m’était contée!
Si Kasserine m’était contée!
Si Kasserine m’était contée!
Si Kasserine m’était contée!
Si Kasserine m’était contée!
Si Kasserine m’était contée!
Si Kasserine m’était contée!

Nous remettons les cadeaux à des enfants qui nous enlacent, nous font des sourires à pleines dents. Ce sont des enfants heureux dont le directeur appelle chacun par son prénom. Les maîtresses sont sympathiques. On nous invite à manger dans une salle propre faisant office de cantine pour les élèves. Les classes sont bien entretenues, l’eau courante y est. C’est recouverts de câlins et de bisous que nous quittons la petite école pour nous diriger vers Henchir Sahraoui, la tête légère pleine de belles images d’enfants épanouis et heureux dans un cadre assez agréable malgré la rudesse environnante.

Si Kasserine m’était contée!
Si Kasserine m’était contée!
Si Kasserine m’était contée!

Le chemin vers Henchir Sahraoui est très escarpé. Nous traversons une zone presque désertique, la verdure se fait rare. Des collines de chaque côté, une nature rude, quelques bergers ça et là et des maisons éparpillés sur le flanc de la vallée… Au loin, deux jeunes filles avancent difficilement enjambant les rochers, un homme sur un rocher fume une cigarette et ne se rend même pas compte de notre passage.

Nous saluons les quelques personnes que l’on rencontre et qui sont un peu surpris par notre passage.

Cette caravane de plusieurs voitures semble les intriguer, ils paraissent curieux mais assez contents de nous voir. Il faut dire qu’à un certain moment j’ai paniqué, pensant aux terroristes tapis dans les grottes des montagnes, pensant à ce jeune berger égorgé, à ces personnes loin de tout…

J’ai pensé que si on était victime d’une attaque, personne ne se rendrait compte et j’ai eu peur. Le message sur mon portable me souhaitant un bon séjour en Algérie m’a rendu le sourire, nous étions à la frontière algérienne!   

Si Kasserine m’était contée!
Si Kasserine m’était contée!
Si Kasserine m’était contée!

Nous arrivons à l’école primaire d'Henchir Sahraoui. Une bâtisse triste, peu de verdure. Des élèves au regard curieux nous attendent et le choc pour nous est immense. Sur le nombre convenu, nous apercevons une quarantaine d’élèves en plus!

A l’évidence, leur situation est beaucoup plus précaire que celle de l’école primaire de Lajred: des enfants portant pour certains des pantoufles, des sandales pour d’autres ou des baskets troués, pas de manteau, des tabliers qui ne ferment pas ou trop petits… On ne sait plus quoi penser ni quoi faire.

Les kits qu’on a apporté ne pourront pas couvrir les besoins de tous les enfants présents. Nous sommes envahis par un sentiment de tristesse, d’impuissance. Nous sommes presque en colère face à autant de misère. Et puis ces enfants qui attendent… que pouvons-nous leur offrir? L’intonation de l’hymne national et le visage de ses enfants aux regards tristes nous font monter les larmes aux yeux… Nous commençons par la liste des éléves fournie par le directeur et essayons de faire de petits cadeaux aux autres enfants présents avec ce que nous avons en plus (des chaussettes, quelques manteaux… ). Mais nous n’arrivons pas à redonner le sourire à ces petites frimousses qui nous attendent depuis le matin. L’école d’Hanchir Sahraoui a été pour nous tous un coup de grâce. La joie du matin  cède la place à la tristesse d’avoir laissé des enfants en reste.

Nous devons partir car il commence à se faire tard et les parents commencent à se regrouper devant l’école. Certains nous en veulent de ne pas avoir donner à tous les enfants des kits et devant l’insistance de nos compagnons, nous décidons de partir avant que la situation ne dégénère.

Nous repartons le cœur lourd, l’âme triste et nous nous faisons une promesse: revenir pour ces enfants, revenir car on le leur a promis et de plus, on se sentait un peu coupable de voir ces petites frimousses toutes tristes. La misère de ces enfants nous a touché au plus profond de nous-même. Certains de nous on éclaté en sanglots face à tant d’injustice sociale, face à tant de pauvreté, face à tant d’oubli… Les enfants que nous avons rencontrés à Henchir Sahraoui contrastaient avec ceux de l’école primaire de Lajred. Ils étaient moins épanouis, moins bien lotis. C’est comme s’ils étaient l’écho de leur environnement.

Aujourd’hui, nous lançons une action spéciale pour l’école Henchir Sahraoui car c’est plus qu’un devoir pour nous: c’est une dette envers ces enfants qui nous ont émus aux larmes.

Vous ne pouvez comprendre le malaise de se sentir impuissant devant un enfant dont le regard triste semble vous culpabiliser car il n’a pas reçu comme ses camarades un «kit hiver». Vous ne pouvez sentir combien il est important pour nous de réussir ce défit, un défit pour que ces enfants continuent d’aller à l’école et ne soient pas les proies faciles des terroristes qui rôdent autour de chez eux.

Ces enfants ont le droit à un avenir meilleur, ces enfants ont le droit de vivre convenablement, de manger convenablement, de lire, de jouer dans la cour de l’école et surtout, de ne pas souffrir du froid. Ces enfants, nous leur avons fait la promesse de revenir pour eux et nous devons tenir cette promesse. Que ceux qui veulent nous aider à la respecter, à respecter cet engagement moral fait à une centaine d’élèves le fasse pour la Tunisie, pour ces oubliés, pour le futur de ce pays, pour moi. Chacun a droit à une vie décente!

Si Kasserine m’était contée!
Si Kasserine m’était contée!

J’espére avec l’équipe des braves parviendront à mettre quelques couleurs dans leur quotidien. Toute aide ne sera pas de refus.

Voilà, nous avons vécu une belle expérience riche en émotions, en rencontres, nous avons ri, nous avons pleuré aussi, nous avons fait du mieux qu’on a pu mais cela reste toujours insuffisant. Nous ne pourrons pas à nous seuls satisfaire tous les besoins, mais nous espérons au moins apporter un petit rayon de soleil dans le quotidien de ces enfants.

Me Monia Mellah Kchouk 

14 janvier 2017

@copyright  2017 le Blog des Embêtés ( le Journal d'un Groupe Citoyen Tunisien) 

 

 

#HELPKASSERINE
Action «Kits Citoyens OAEEPV» du Groupe «On a été embêté pour vous», en partenariat avec l'association «Aide-moi à apprendre – Help me to learn».

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