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Le Blog des EMBÊTÉS

LE POUVOIR PAR L'INFORMATION. par Najla Chaar

LE POUVOIR PAR L'INFORMATION. par Najla Chaar

 

VALEUR ET CONVERSION DE L’INFORMATION

 

Subir l’information pêle-mêle, en spectateur ému, répond à un besoin d’oubli de soi.

Consommer de l’information, volontairement, aide à se forger une certaine image du monde et à s’y situer.

Interagir avec l’information c’est participer au monde. C’est se changer soi-même, prendre part aux mutations collectives et s’impliquer dans l’ouverture des nouveaux possibles. 

Agir par l’information, c’est pouvoir par l’information. C’est « prendre le pouvoir » par l’information. Or, la plupart des personnes déclarent souvent se sentir « sans pouvoir ». 
 Illusion ou réalité ? Conviction personnelle : Nous avons tous une forme de pouvoir.

 

Le pouvoir n’est pas vertical (du haut vers le bas). Le pouvoir est partagé. Il est horizontal. Le pouvoir consiste simplement en des individus reliés par de l’information et capables, de ce fait même, de mobiliser des moyens. Il suffit que des personnes se connaissent, se coordonnent, coordonnent leurs efforts et conjuguent leurs talents pour que leurs désirs prennent forme dans la réalité et se transforment en projets.

Mais, qui peut aider les individus à exprimer avec justesse leurs désirs pour qu’ils deviennent rapidement et efficacement des projets ? Et, ensuite, qui peut accompagner les individus à la gestion et la réalisation de ces projets ?


UN EXEMPLE  FRAPPANT  DE « POUVOIR PAR L'INFORMATION »

 

Au cours de son règne de 23 ans en Tunisie, le régime déchu s’est appliqué, des années durant, à séparer les prisonniers d’opinion, en les mutant régulièrement dans des établissements chaque fois différents et surtout éloignés de leur région d’origine.

 

L’administration « Zaba » s’assurait ainsi que les détenus politiques n’avaient pas d’impact ou d’influence quelconque, ni entre eux, ni sur les personnes externes qui, par la proximité, pouvaient venir leur rendre visite, facilement et échanger des informations de tout genre. 

 

C’était sans compter avec un fort phénomène « naturel » : l’amour filial.

Oui, cette détermination extraordinaire que peut avoir une mère à aller rendre visite à un fils quel que soit son lieu de détention et quelle que soit la distance à parcourir. 

En effet, pendant des années et des années, les mères des détenus d’opinion ont parcouru la Tunisie d’un gouvernorat à l’autre. Parquées pendant des heures, lors de leurs visites, dans les hall d’attente des prisons, elles ont eu le temps de se connaître les unes les autres, d’échanger plusieurs informations sur leurs expériences respectives et de se soutenir les unes les autres dans leur peine comme dans leurs efforts, allant jusqu’à la coordination entre elles pour que tel fils dans telle région soit en relation avec telle mère dans cette même région, si jamais sa propre mère ne pouvait pas faire le voyage, pour qu’il ne manque de rien. L’avènement de téléphonie mobile, en 1998, a davantage facilité ces échanges

 

Et, c’est ainsi qu’au fil des ans, un vrai réseau de mères de détenus s’est formé, organisé, renforcé, structuré. Le moment venu, il a été facile d’utiliser, ce réseau comme plateforme de coordination et de mobilisation à des fins politico politiciennes, notamment lors de la première campagne électorale d’octobre 2011.
Voici donc comment un potentiel pouvoir par l’information, brimé ou maitrisé, a donné lieu à un autre pouvoir par l’information plus étendu et plus durable que celui que l’on craignait initialement.

 

 

Najla Chaar, 29 Mai 2017

 

 

@copyright Le Journal d'un Groupe Citoyen Tunisien , Juin 2017

 

 

 

 

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