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Le Blog des EMBÊTÉS

Amel Belhadj Ali : UNE TANK WOMAN. Par Moncef Bouchrara

Amel Belhadj Ali : UNE TANK WOMAN. Par Moncef Bouchrara

Amel Belhadj Ali : UNE TANK WOMAN OU QUAND LE COURAGE D’UNE JOURNALISTE ECLAIRE TOUTE UNE SOCIETE

1. Il est des êtres qui signifient à eux tous seuls l’esprit d’un métier nécéssaire à toute démocratie. Il est des êtres qui incarnent plus que d’autres les vertus essentielles pour la résistance des sociétés contre leur anéantissement. Madame Amel Bel Haj Ali fait partie de ceux là.


2. Cette journaliste confirmée, rédactrice en chef de plusieurs journaux électroniques, est un des monuments les plus respectés de cette profession aujourd’hui par l’opinion publique tunisienne, celle des anonymes, celle des invisibles surtout. En tant que journaliste et en tant que femme, elle me rappelle de façon irrésistible une autre grande Dame du Maghreb contemporain : Madame Selima Ghezali, journaliste, que j’avais rencontrée en Espagne en 1991, et dont j’avais admiré immédiatement le courage et l’amour de sa patrie. C’est Salima qui « en 1989, fonçait dans une manifestation intégriste, pour y distribuer, au nez et à la barbe du service d'ordre, un texte qu'elle avait écrit: «Halte aux mensonges des prêcheurs de la haine!» Au milieu des filles en hijab, elle a passé des heures à polémiquer et à débattre.Titulaire de plusieurs grands prix internationaux dont le Prix Sakharov, Salima Ghazali représente la conscience d’un pays qui a traversé les plus terribles des épreuves, celle de la guerre civile, après celle de la guerre de l’indépendance ( cf le lien article de l’express, 1997, ci dessous…).


3. Amel Bel Haj Ali est sans aucun doute aujourd’hui, la Salima Ghezali de Tunisie, et pas seulement à mes propres yeux. Ainsi, chaque fois que j’ai fait part de mon appréciation pour ses écrits ( je ne l’ai jamais rencontrée physiquement) ou pour les positions qu’elle prenait avec le plus grand des courages, je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui m’ait répondu négativement, bien au contraire. Elle jouit d’un capital de sympathie et d’admiration implicites, exceptionnel, et d’une légitimité dans l’opinion, surtout, j’insiste, celle des anonymes et des invisibles. Cette légitimité et ce capital de notoriété, elle ne s’en revendique guère, elle même, modeste et humble dans ses apparences et les détails sur sa personne. Et vous aurez du mal à trouver des photos d’elle ou des signes d’auto-promotion.


4. Et pourtant ! Quel talent et quelle conscience professionnelle chez cette journaliste ! Prenez donc le temps de lire et de découvrir sa façon d’envisager ce que peut être le journalisme en Tunisie, dans un papier publié en 2008, c'est à dire en pleine période de répression des voix libres et des journalistes indépendants. Et vous verrez que ni avant, ni après 2011, elle n’a dévié de cette éthique affichée et assumée jusqu’à ce jour.


5. Car, quelqu’aient été les gouvernants du moment ( dictature de Zaba, Ennahdha, avec sa volonté d’enrégimenter toute la société dans les préceptes arriérés de l’islam wahabite, BCE enfin) , Amel Bel Haj Ali, reste le phare de la critique sans concessions, et du pointage des dérives contre l’histoire et de l’injustice contre les plus humbles de la nation. Ecrivant en arabe littéraire, en arabe dialectal ou en français, elle ne s’embarrasse ni de périphrases ni de sous entendus (ce que préfèrent tant les élites tunisiennes pour ne pas prendre de risques), pour appeler et interpeller les responsables par leur nom, et passer leurs méfaits au jugement de la raison. Elle vient encore d’interpeller la Centrale Syndicale UGTT, détentrice récente du Prix Nobel, pour faire le ménage dans certaines de ses sections rongées par la corruption.

Pour tout cela déjà, Madame Amel Bel Haj Ali à forcé le respect de beaucoup, et permet à 10 millions de tunisiens, de croire et de respecter, la place du quatrième pouvoir, dans la construction d’une démocratie durable. De plus, ses articles et ses études (sur l’entreprenariat féminin, entre autres) montrent une maturité et une capacité à mener un véritable journalisme d’investigation d’un niveau international, compétences acquises en trente ans de pratique journalistique. Elle est une consultante respectée et reconnue d’organismes internationaux comme l’ONUDI ou L’IPPF (Fédération internationale pour la famille et la population, région Monde arabe).


6. Mais Madame Amel Bel Haj Ali, est d’abord et avant tout patriote et incarne de façon remarquable, comme nous l’avons souligné en introduction, l’amour qu’elle a de la Tunisie. Un patriotisme qui est celui du quotidien, du courage physique autant que moral. Ce patriotisme d’Amel Bel Haj Ali réconforte et donne de l’espoir et de l’énergie à des milliers de lecteurs, qui voient leur pays courir le risque de la fragmentation et peut être de la désagrégation.


7. Dieu que La Tunisie est une belle société en ces jours, une société de belles personnes à découvrir et à admirer. Dieu que la Tunisie est riche de femmes exceptionnelles de talents et de valeurs universelles, comme le courage, et la probité, malgré et contre tout. Quelle est donc la culture ou le pays où l’on n’admire pas le courage humain ? Quelle est la culture ancienne ou moderne qui se soit émancipée du courage ? Comment ne pas comprendre que ceux et celles qui incarnent le courage dans cette société tunisienne, aujourd’hui, sont pas en train de faire naître les futurs citoyens émancipés du 21ème siècle ?


8. J’appellerai dorénavant Amel Bel Haj Ali et toutes ses sœurs, dont Neziha Gouider Khouja, et tant d’autres que je cite souvent, des « TANK WOMEN ». En effet, je ne peux pas ne pas les associer à l’image unique et extraordinaire du « TANK MAN ». Le TANK MAN est ce citoyen chinois, un simple individu, calme et déterminé, qui s’est opposé tout seul, à l’avancée d’une colonne de tanks sur la place Tien An Men, un certain jour de juin 1989. Il a été filmé pour l’éternité par un reporter occidental. Cet homme resté anonyme, et dont nous ne connaitrons jamais le nom, a annoncé une véritable révolution culturelle.

Cette révolution est que même dans les sociétés bâties sur la culture primordiale du groupe, l’émergence de l’individu du 21ème siècle a eu lieu. Un individu épris de liberté, et qui ne doit pas être confondu avec l’individualisme, cette fermeture égoiste, qui désagrège les solidarités nécessaires au vivre ensemble. Mais il a plus qu’annoncé l’individu, il a annoncé le Citoyen du 21ème siècle, dont la puissance va rentrer en compétition avec les acteurs traditionnels du politique que sont les institutions étatiques.

Les nouveaux individus comme Amel Bel Haj Ali ou Neziha Gouider Khouja annoncent cette nouvelle puissance là, et l’entrée dans l’arène de l’espace public de leur influence décisive pour le changement des sociétés. Nous sommes en face de nouveaux acteurs de pouvoir.


9. Pour terminer, je voudrais m’adresser à toutes ces TANK WOMEN. J’aimerais tant que toutes ces TANK WOMEN, sachent qu’elles ne sont pas seules dans le combat qu’elles animent au quotidien avec des efforts extraordinaires, ni qu’elles ne se sentent seules dans le rêve qu’elles veulent concrétiser. Et qu’au delà de la "sororité" de quelques semblables qui les entourent et les soutiennent, Il y a toute la fraternité et la tendresse sociale de plusieurs générations actuelles qui les portent dans le silence complice et l’admiration silencieuse. Et que cela soit su par elles, bien sûr, et par des ennemis potentiels qu’elles pourraient indisposer.

On ne touche plus aux Voltaire de la Société Tunisienne.

Honneur et Hommage aux TANK WOMEN du MAGHREB et d’ailleurs.

A bon entendeur, Salut.

Moncef Bouchrara, 4 mars 2016.



2..http://www.lexpress.fr/informations/salima-ghezali-l-honneur-sauve-de-l-algerie_609288.html

@copyright 2016. Le Journal d'un Grouoe Citoyen Tunisuen

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naima nessim 06/03/2016 17:19

L'histoire ne commence pas après la révolution, cherchez ou était " la militante " ABel haj ali du temps de ben ali , abdelwaheb abdallah, Hedi jilani , marwen mabrouk. Fouillez un peu dans les premiers articles de cette "journaliste" juste après le 14janvier pour apprécier la métamorphose. Il faudrait peut être se poser la question pourquoi ABA a consacré récemment un article pour défendre corps et âme Hedi jilani.

Moncef BOUCHRARA 07/03/2016 17:01

Chere Madame Nessim,
Vous me demandez de "fouiller" dans le passé de Madame Amel Bel Haj Ali, ABA, comme vous vous voulez l'appeler. C'est à dire dans son passé professionnel. Je ne sais pas de quoi vous voulez l'accuser precisement. Ce que je sais personnellement, c'est qu'avant 2011, ses articles me semblent relever de la plus haute déontologie et éthique journalistique. J'en veux pour preuve un article de 2008, sur ce que pourrait être une vraie information en Tunisie et que j'ai pris la peine de republier sur ma propre page facebook., le 5 mars dernier et dont voici le lien : https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=559342714232978&id=100004717632222. J'ai jugé que cette femme avait beaucoup plus de courage et beaucoup plus d'amour de son pays, qu'une grande majorité qui ne se plaignait pas tellement du temps de zaba et qui ne denonce pas tant que cela aujourd'hui, les dérives diverses de la classe politique actuelle. Vous avez le droit de votre opinion et moi la mienne, mais je crois sincerement, au relevé de tout ce que l'on m'a dit et redit à propos de Madame Amel Belhaj Ali, que beaucoup de gens partagent ce que j'en ai dit à son sujet.